Oui, j'espère que çà change des récits de massacres et d'horreur du temps des Khmers rouges, même si même aujourd'hui encore il en reste des traces (zones interdites car pas encore déminées, et surtout nombreuses personnes handicapées ayant perdu des membres ou des yeux suite à des accidents dus aux mines mentionnées au dessus). Cependant, le pays a repris une vie normale, et la population, très jeune, est visiblement tournée vers l'avenir plus que vers ce passé terrible. Le moral est bon, bien meilleur qu'en France, même si la pauvreté règne encore un peu partout...
Le lendemain, départ avant l'aube pour le plateau du Phnom Kulen, un massif forestier qui culmine à 487 mètres d'altitude, à quelques dizaines de kilomètres de Siem Reap. C'est le chateau d'eau de la plaine d'Ankor, et la forêt y est par conséquent protégée par un parc national. Un centre de protection de la faune sauvage s'y trouve, qu'il est possible de visiter tôt le matin. Dans de grands enclos boisés sont maintenus et reproduits des animaux rares, souvent élevés depuis leur plus jeune âge par des gens du coin, et trop imprégnés par l'homme pour pouvoir être relâchés dans la nature. Les jeunes reproduits par contre sont relâchés pour renforcer les populations naturelles, mais les finances ne sont pas toujours suffisantes pour permettre d'optimiser les choses (par exemple, les gibbons sont séparés pour éviter la reproduction, car la réintroduction des jeunes est longue et coûteuse).
Nous avons pu admirer dans de très beaux enclos tout un tas d'animaux rares (les enclos sont très très grands, si bien que tous n'ont pas pu être pris en photo):

Des grues Antigone , Grus antigone, dont une des dernières populations subsiste dans les marais au nord du Tonle Sap.

Des cigognes épiscopales, Ciconia episcopus, en pleine reproduction

des serpentaires Bacha (Spilornis cheela)

des calaos pies orientaux ( anthracoceros albirostris)


Des grands gibbons, hylobates pileatus (ici une femelle, les mâles sont noirs)


Des civettes palminstes, Paradoxurus hermaphroditus

Des chats léopards du Bengale, Prionailurus bengalensis. Ce couple a déjà reproduit tellement qu'il n'est plus possible de lâcher les jeunes, par risque de perturber la diversité génétique des populations locales...


Cuora amboinensis, la tortue d'eau locale, devenue rare car consommée par l'homme. La reproduction en captivité de cette espèce ne pose pas de difficultés, si bien que des centaines de jeunes sont élevés et lâchés tous les ans.

Indotestudo elongata, la tortue terrestre locale, même principe, même succès de reproduction.


Leptoptilos javanicus, le marabout chevelu







Leptoptilos dubius, le marabout Argala, un des oiseaux les plus rares du monde, puisqu'il en reste tout au plus 400 sur l'ensemble de l'Asie du Sud-est. La disparition des zones humides sauvages et la raréfaction des charognes le rendent très vulnérable à une disparition prochaine.


Des paons spicifères, Pavo muticus, presque impossibles à discerner dans la végétation luxuriante de leur immense enclos...
Pas de pangolins ni de loris lents, leur enclos existe, mais ils ont été relâchés ou sont morts pour certains...
Et des loutres, des porc-épics, des macaques à longue queue, des cigognes à cou noir, des milans brahmes, des perruches grandes Alexandres, des tortues d'eau d'autres espèces, dont j'ai raté les photos... Des serpents venimeux aussi, mais on n'a pas eu le droit de les voir...
Un très bel endroit, financé et entretenu grâce à un étroit partenariat avec le zoo de Francfort en Allemagne.
En sortant du centre de protection, un sentier monte dans la forêt tropicale à la "rivière aux 1000 linguas", Kbal Spean.
C' est un site archéologique bien connu pour son spectaculaire lit de rivière sculpté, enfoncé dans la jungle. Son nom signifie « La tête de pont », en référence à la passerelle de roche naturelle du site enjambant un cours d'eau. Les linga (ou lingam) ont été minutieusement sculptés dans le lit de la rivière, et des images de divinités hindoues sont présentes sur tout le plateau.La construction du site a débuté sous l'autorité du roi King Suryavarman I, elle s'est achevée sous le règne du roi King Udayadityavarman II. Ces deux rois ont gouverné entre le xie siècle et le xiie siècle.
Ce sont des ermites qui ont été sculpté les 1 000 lingas sacrés, et les inscriptions qu'ils ont laissées, attestent que ces sculptures ont été faites du vivant du roi Udayadityavarman II.
La rivière est à 1900 mètres du parking, et la pente est raide, très raide, et traverse une forêt dense et moite. Tous les 100 mètres un panneau indique la distance restante, et on a l'impression de ne pas avancer ( 1 heure à bonne allure pour monter le sentier)...
En haut, une charmante cascade, sous laquelle je me trempe, çà fait du bien. Les enfants en profitent pour se baigner et pour capturer avec une bouteille d'eau vide de petits Rasboras qui pullulent dans le courant.
























La jungle est pleine de papillons, de libellules et de lézards, et la rivière, dont le fond basaltique est couvert de sculptures, est extraordinaire. Quand on pense qu'ils ont sculpté tout çà au milieu de nulle part pour bénir les eaux qui allaient irriguer la ville d'Angkor et repousser les épidémies, c'est tout à fait étonnant (Le lingam est une représentation d'un phallus (la masculinité) et d'une vulve (la féminité), et en tant qu'assemblage des deux illustre les forces créatrices de l'univers).